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Du dispositif

Le cœur de notre recherche artistique

Après avoir exploré sous diverses coutures la notion d'objet puis d'agrès (existants ou inventés) comme outils de connexion au réel, Simon Carrot s'est progressivement tourné vers celle de dispositif.


Ce terme renvoie à la fois au mécanisme d'un appareil mais aussi au processus par lequel se coordonnent les pièces de celui-ci. Le dispositif présente donc un avantage significatif par rapport à l'agrès : il ne caractérise pas seulement un objet mais bien plutôt un jeu relationnel. Giorgio Agamben définit le dispositif comme « tout ce qui a, d’une manière ou d'une autre, la capacité de capturer, d’orienter, de déterminer, d’intercepter, de modeler, de contrôler et
d’assurer les gestes, les conduites, les opinions et les discours des êtres vivants »(1). En d'autres termes, il influence les comportements de ceux qui l'éprouvent.

 

En 2017, ses réflexions l'ont mené à initier le Projet Mû, recherche circassienne autour du magnétisme dont est né un dispositif inédit baptisé le Dispesant : par le biais d'aimants puissants, nous agissons sur les corps des acrobates et sur leur environnement pour créer des situations de "gravité transformée". Mus sur des murs, au plafond ou sur des plans inclinés, ils traversent des situations ordinaires dans des dimensions extra-ordinaires, où les repères tels que le haut et le bas sont perturbés.


Le Dispesant ne se présente pas sous la forme d'un objet déterminé mais véritablement comme un dispositif modulable, susceptible de s'agencer en une infinité de modules. Cette polymorphie du dispositif lui-même engendre à son tour une polymorphie dans l'écriture. Le Projet MÛ n'est donc pas seulement un spectacle mais se déploie comme un processus d'exploration en rhizome des possibilités d’écriture offertes par le dispositif, dans lequel chaque extension nourrit les
autres. Il nous permet, selon la formule d'Hölderlin, d' « habiter poétiquement le monde » (2), d' investir les espaces mis à notre disposition (intérieurs ou extérieurs) pour modifier le point de vue du spectateur sur son quotidien par des jeux de perspectives afin qu'il puisse se ré-étonner du réel. Il se décline sous diverses formes, longues ou courtes, créations en lien avec des commandes ou des recherches in-situ, ateliers adressés à divers publics, laboratoires. Il révèle du même coup en quoi le dispositif ouvre de lui-même des perspectives d'écritures en perpétuelle évolution.

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Ce dispositif a pour vocation de mettre en relation les individus du groupe et leur permet d'éprouver à la fois l'objectivité et l'intersubjectivité qui les anime. Le dispesant rassemble. En effet, si au départ le dispositif était au cœur de la recherche, c'est aujourd'hui le collectif qui s'est rassemblé autour de lui qui constitue l'essence même de ce
projet. Au fur-et-à-mesure des différentes créations, l'équipe s'est agrandie pour constituer un véritable cheptel d'artistes aux origines et aux discipline diverses. Agés de 24 à 43 ans, ils viennent du Costa Rica, du Mexique, du Chili, d'Argentine, de Colombie, d'Italie, d'Espagne, de Suisse ou de France. Ils sont acrobates, danseurs, traceurs (pratiquant du Parkour), jongleurs, ingénieurs, trapézistes, voltigeurs, musiciens, clowns. Cette diversité est au fondement de la démarche transversale du collectif. Ensemble, ils développent autour du Dispesant une pratique à part entière et un vocabulaire chorégraphique commun. Le dispositif leur permet de combiner leurs cultures et savoir-faires respectifs dans une communication rendue visible, créant une forme d'osmose.


Cette transversalité donne corps à une forme d'intelligence collective qui devient l'objet de notre recherche. Les relations qui se jouent au travers du dispositif sont ainsi à la fois la matière et le sujet que nous explorons. Le public assiste à une relation d'entraide et d'écoute mutuelle mise à nue pour lui fournir une inspiration et lui rendre espoir.

 

(1) Giorgio Agamben, Qu'est-ce qu'un dispositif ?, Rivages poches, 2014, p.80
(2) Friedrich Hölderlin, En bleu adorable, poème, 1823

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